Le garde de la forêt

Tout près de ma grande maison, au début de la forêt se dresse un immense chêne.

Il a au moins vingt douze mille ans, enfin au moins, car il a vu naître ma maman, la maman de ma maman et peut être même la maman de la maman de ma maman… alors imagines comme il est vieux. Et comme tu le sais, plus les chênes sont vieux, plus ils sont grands, et plus ils sont grands, et plus ils ont de grandes branches, alors les siennes traînent par terre. Elles caressent doucement l’herbe folle au printemps, et chatouillent les marguerites au plus fort de l’été.

je dis qu’il garde la forêt car c’est le premier arbre que l’on aperçoit à l’orée des bois. Il plonge ses longues racines dans le chemin qui s’enfonce sous les sapins et chaque fois que je vais m’y promener, je passe sous son large ramage.

Je ne m’étais pas rendu compte qu’à chacun de mes passages, mes cheveux blancs se garnissaient d’une feuille, d’une brindille, enfin de quelque chose de léger, d’insignifiant qui tombait de ce géant. C’était sûrement le vent… oui, mais voilà, aujourd’hui il n’y a pas de vent et une petite noix vient d’atterrir devant mes pieds, juste devant mes pieds. Une noix… Impossible, pas de noyer à l’horizon, le plus proche est dans le pré, deux cent mètres plus bas ! Vite, je scrute les branches au dessus de ma tête à la recherche d’une réponse : c’est peut-être un écureuil qui, maladroitement, a laissé tomber son goûter. Je cherche le panache de sa queue rousse qui marquerait son passage dans les rayons du soleil ; mais rien, absolument rien que des feuilles, des branches, et le soleil qui m’aveugle par intermittence.

Je fais semblant de repartir, mon bâton dans la main droite, mon petit panier à champignon dans la main gauche, comme quand j’étais petite et que je jouais à cache-cache avec mes amis dans la cour de l’école : s’ils pensent que tu pars, alors ils se dévoilent et tu peux les attraper. Je reprends ma promenade comme si de rien n’était et je me retourne brusquement, et là, je le vois… Quelle surprise, mon Dieu qu’il est joli, ses yeux s’agrandissent de stupeur, il est découvert ; vite, vite il court, il saute, monte à une allure vertigineuse vers les sommets du géant et disparaît dans les profondeurs du feuillage. Je suis si stupéfaite que je laisse tomber mon bâton et mon panier, et que je m’assois sur une grande pierre plate accrochée au bord du fossé.

Ma pauvre Véronique, tu deviens zinzin, tac, marteau, fêlée, enfin bonne à enfermer ! Si tu commences à voir des… Des quoi, au fait ? Mais qu’est-ce-que c’était ? Assise sur ma grosse pierre, j’essaie de me remémorer le petit personnage que je viens d’apercevoir.

« VE-RO-NI-QUE !… »

Oh là, là, mais c’est Pépé qui m’appelle… Déjà 6 heures, je suis en retard, perdue dans ma réflexion, j’ai oublié l’heure. Vite, il faut redescendre. Mieux vaudrait ne pas parler de tout cela à Pépé, il va m’obliger à porter un grand chapeau pour protéger ma pauvre tête des rayons du soleil… Demain, c’est promis je reviendrais pour voir ce qui se cache dans le grand chêne,  et je viendrais te dire ce que j’y ai découvert.

Bonne nuit ! − Mémé Véronique.

Publié dans: on 16 mars 2008 at 22:03 Laisser un commentaire
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Bonsoir, et bienvenue sur ce livre de contes…

Ce soir je commence un nouveau livre de contes pour les petits et les anciens petits.

J’habite tout près du monde du Mont Vouan. Là où la montagne se creuse pour cacher des grottes, là où la forêt protège les écureuils curieux, les renards savants, et les lapins instituteurs…

Il faut que je vous en parle, car voyez-vous, personne ne me croît !

Je suis une mémé, comme on dit chez nous. Chez nous, quand on a un petit fils ou une petite fille on ne devient pas Mamy ni Mamé, on devient Mémé. Même si l’on a 50 ans !

J’habite là-haut dans la montagne. Pas la haute montagne avec de la neige toute l’année, non, juste la montagne qui se couvre de fleurs au printemps, qui regorge de pommes en automne et qui ruisselle de neige à Noël.

Et là-haut, pendant longtemps il n’y avait même pas de route, juste un chemin plein de cailloux où seuls les chevaux et les hommes pouvaient voyager. L’hiver, c’étaient les luges qui transportaient le matériel et les gens. Maintenant tout le monde peut venir dans la montagne, mais plus personne ne s’arrête pour écouter les contes du Mont Vouan. Il faut donc que je vous les raconte sinon ils vont disparaître à tout jamais et ça, ce serait beaucoup trop triste.

Publié dans: on 15 mars 2008 at 18:39 Laisser un commentaire
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